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RDC : controverse autour du troisième mandat lors du retour des Léopards

Le slogan « Tout droit jusqu'à 3 » pour un troisième mandat de Tshisekedi fait polémique lors de l'accueil des Léopards à Kinshasa.

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RDC : controverse autour du troisième mandat lors du retour des Léopards

Le retour triomphal des Léopards de la République démocratique du Congo à Kinshasa, après leur qualification historique pour la Coupe du monde 2026, a été entaché par une controverse politique majeure. Le slogan « Tout droit jusqu'à 3 », appelant explicitement à un troisième mandat présidentiel pour Félix Tshisekedi, a été scandé et affiché lors des festivités dimanche, transformant une célébration sportive en tribune politique. Cette instrumentalisation du succès footballistique congolais soulève de vives tensions dans un pays où la question constitutionnelle du nombre de mandats présidentiels demeure un sujet hautement sensible. L'opposition politique et la société civile dénoncent une récupération inacceptable d'un moment d'unité nationale autour de l'équipe nationale.

Contexte constitutionnel et précédents historiques en RDC

La Constitution de la RDC, adoptée en 2006, limite explicitement le nombre de mandats présidentiels à deux, dans une volonté d'éviter les dérives autoritaires qui ont marqué l'histoire du pays. Cette disposition constitutionnelle fait écho aux traumatismes laissés par les régimes de Mobutu Sese Seko (1965-1997) et aux instabilités politiques qui ont suivi. Selon l'article 70 de la Constitution congolaise, « le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois ». Félix Tshisekedi, élu pour la première fois en 2018 puis réélu en 2023, se trouve donc théoriquement dans l'impossibilité légale de briguer un troisième mandat en 2028. Cependant, ses partisans évoquent la possibilité d'une révision constitutionnelle, une démarche qui rappelle les tentatives similaires observées dans plusieurs pays africains ces dernières années.

L'histoire récente de l'Afrique centrale regorge d'exemples de dirigeants ayant modifié leurs constitutions pour prolonger leur pouvoir. Au Cameroun, Paul Biya a supprimé la limitation des mandats en 2008, lui permettant de rester au pouvoir depuis 1982. En République du Congo voisine, Denis Sassou Nguesso a également procédé à une révision constitutionnelle en 2015. Selon l'organisation Freedom House, 15 dirigeants africains ont tenté de modifier leur constitution depuis 2015 pour prolonger leur mandat. Ces précédents alimentent les inquiétudes de l'opposition congolaise qui craint une dérive similaire de la part de Tshisekedi.

Réactions de l'opposition et de la société civile

L'utilisation des festivités sportives pour promouvoir un agenda politique a provoqué l'indignation de l'opposition congolaise et des organisations de la société civile. Martin Fayulu, leader de l'opposition et candidat malheureux aux deux dernières élections présidentielles, a dénoncé « une instrumentalisation honteuse du succès de nos Léopards au service d'ambitions personnelles ». Il a souligné que « le football unit les Congolais au-delà des clivages politiques, et il est inacceptable de transformer ce moment de joie collective en campagne électorale anticipée ». Les organisations de défense des droits humains, notamment la Ligue congolaise des droits de l'homme (LICONDHO), ont également exprimé leur préoccupation face à cette « récupération politique d'un événement sportif national ».

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La société civile congolaise, particulièrement active depuis la transition démocratique, multiplie les mises en garde contre toute tentative de révision constitutionnelle. Selon une enquête récente de l'Institut congolais pour la démocratie (ICD), 68% des Congolais s'opposent à un troisième mandat présidentiel, considérant que le respect de la Constitution est essentiel pour la stabilité démocratique du pays. Les syndicats, les églises et les organisations estudiantines ont annoncé leur intention de se mobiliser contre toute initiative visant à modifier la limitation des mandats présidentiels. Cette mobilisation préventive témoigne de la sensibilité de la question dans un pays qui aspire à la consolidation démocratique après des décennies d'instabilité politique.

Impact sur l'unité nationale et les perspectives électorales

Cette controverse risque de ternir durablement l'image du pouvoir en place et de créer des fractures au sein de la population congolaise. L'équipe nationale des Léopards, qui avait réussi à fédérer l'ensemble du pays autour de ses performances sportives, se retrouve malgré elle au centre d'un débat politique qu'elle n'a pas souhaité. Les analystes politiques congolais s'accordent pour dire que cette instrumentalisation pourrait avoir des conséquences négatives sur la cohésion sociale, particulièrement dans un pays de 95 millions d'habitants marqué par de profondes divisions ethniques et régionales. La Fédération congolaise de football (FECOFA) a d'ailleurs pris ses distances avec les messages politiques, rappelant que « le sport doit rester au-dessus des considérations partisanes ».

Les répercussions de cet incident dépassent le cadre purement politique et questionnent la stratégie de communication du pouvoir en place. Avec les élections de 2028 qui se profilent déjà à l'horizon, cette polémique pourrait galvaniser l'opposition et renforcer la mobilisation citoyenne autour de la défense des acquis démocratiques. Les observateurs internationaux, notamment de l'Union africaine et de la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC), suivent avec attention l'évolution de la situation politique en RDC, pays stratégique de la région par sa taille et ses ressources naturelles.

Source : RFI Afrique - https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260407-rdc-nouvelle-pol%C3%A9mique-sur-la-promotion-du-troisi%C3%A8me-mandat-pr%C3%A9sidentiel-lors-du-retour-des-l%C3%A9opards

Source: RFI Afrique

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