Soudan du Sud: 286 000 déplacés dans l'État du Jonglei selon l'ONU
L'UNICEF dénombre 286 000 déplacés dans l'État du Jonglei suite aux affrontements entre forces gouvernementales et opposition depuis décembre.
La crise humanitaire au Soudan du Sud s'aggrave dramatiquement dans l'État du Jonglei, où 286 000 personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers entre janvier et fin mars 2026 selon les derniers chiffres publiés par l'UNICEF. Cette nouvelle vague de déplacements massifs résulte des violents affrontements qui opposent les forces gouvernementales aux groupes d'opposition armée depuis la fin décembre 2025 dans cette région stratégique du nord-est du pays. La majorité des déplacés sont des femmes et des enfants particulièrement vulnérables, privés d'accès aux services de base et exposés à des risques sécuritaires constants.
Escalade du conflit dans une région frontalière stratégique
L'État du Jonglei, qui partage une frontière poreuse de plusieurs centaines de kilomètres avec l'Éthiopie, est depuis longtemps le théâtre de tensions intercommunautaires et politiques. Cette région, riche en ressources pétrolières mais pauvre en infrastructures, abrite traditionnellement les communautés Nuer, Dinka et Murle dont les rivalités ancestrales pour l'accès aux pâturages et aux points d'eau se sont exacerbées depuis l'indépendance du Soudan du Sud en 2011. Les affrontements actuels marquent une escalade sans précédent depuis l'accord de paix de 2018 qui avait mis fin à cinq années de guerre civile ayant fait plus de 400 000 morts. Selon le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), les combats se concentrent autour des villes de Bor, capitale de l'État, et de Pibor, centre névralgique du commerce transfrontalier.
"La situation sécuritaire s'est considérablement détériorée depuis le début de l'année, avec des attaques répétées contre les populations civiles", a déclaré Andrea Suley, représentante de l'UNICEF au Soudan du Sud, lors d'une conférence de presse à Juba. Les forces d'opposition, menées par des dissidents du Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS), contestent l'autorité du gouvernement central et revendiquent un meilleur partage des revenus pétroliers. Cette résurgence des violences intervient dans un contexte de crise économique aigüe, avec une inflation qui dépasse 150% selon la Banque mondiale, rendant les produits de première nécessité inaccessibles à la majorité de la population.
Conditions de vie précaires pour les populations déplacées
Les 286 000 déplacés recensés par l'UNICEF survivent dans des conditions dramatiques, dispersés dans des camps de fortune dépourvus d'infrastructures sanitaires adéquates. Selon Médecins Sans Frontières, qui intervient dans plusieurs sites d'accueil, 65% des déplacés sont des femmes et des enfants de moins de 15 ans, particulièrement exposés aux risques de malnutrition et de maladies hydriques. Les équipes médicales rapportent une recrudescence des cas de paludisme, de diarrhée aiguë et de malnutrition sévère parmi les enfants, avec un taux de malnutrition aigüe qui atteint 28% dans certains camps, bien au-dessus du seuil d'urgence de 15% fixé par l'Organisation mondiale de la santé.
L'accès à l'eau potable constitue l'un des défis majeurs, avec seulement 3 litres d'eau disponibles par personne et par jour selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), soit six fois moins que les standards humanitaires minimaux. Les femmes et les jeunes filles sont particulièrement vulnérables aux violences sexuelles lors de leurs déplacements pour chercher de l'eau ou du bois de chauffage. "Nous recevons quotidiennement des témoignages de violences contre les femmes et les enfants, mais l'insécurité nous empêche souvent d'atteindre les zones les plus reculées", explique James Makuei, coordinateur local du Programme alimentaire mondial (PAM).
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Réponse humanitaire entravée par l'insécurité
Les organisations humanitaires peinent à apporter une assistance adéquate aux populations déplacées en raison des contraintes sécuritaires et logistiques majeures. Selon l'OCHA, seuls 40% des besoins humanitaires identifiés dans l'État du Jonglei peuvent être couverts actuellement, faute d'accès sécurisé aux zones de conflit. Les routes principales reliant Bor à Juba sont régulièrement coupées par les combats, obligeant les convois humanitaires à emprunter des itinéraires alternatifs qui rallongent considérablement les délais d'acheminement de l'aide. Le transport aérien, seule alternative viable, reste limité par le manque de financement et l'absence de garanties sécuritaires pour les équipages.
Le plan de réponse humanitaire pour le Soudan du Sud, qui requiert 1,7 milliard de dollars pour 2026, n'est financé qu'à hauteur de 23% selon les dernières données de l'OCHA. Cette sous-capitalisation chronique compromet la capacité des agences onusiennes et des ONG à répondre efficacement à cette nouvelle crise. La communauté internationale, déjà mobilisée sur d'autres urgences humanitaires en Afrique de l'Est, peine à mobiliser les ressources nécessaires pour faire face à cette escalation. L'Union africaine et l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) ont appelé à un cessez-le-feu immédiat et à la reprise du dialogue politique, mais leurs mécanismes de médiation restent limités face à la fragmentation croissante des groupes armés.
Cette nouvelle crise humanitaire au Jonglei illustre la fragilité persistante du Soudan du Sud, treize ans après son indépendance. Elle risque de compromettre davantage les efforts de reconstruction et de réconciliation nationale dans un pays où près de 9 millions de personnes, soit les trois quarts de la population, dépendent déjà de l'aide humanitaire. L'instabilité régionale, alimentée par les conflits au Soudan voisin et les tensions en Éthiopie, complique encore la recherche de solutions durables pour ces populations déplacées qui aspirent à retrouver leurs foyers et leurs moyens de subsistance.
Source: RFI Afrique - https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260405-soudan-du-sud-des-centaines-de-milliers-de-d%C3%A9plac%C3%A9s-entre-janvier-et-fin-mars-2026-selon-l-onu
Source: RFI Afrique
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