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Algérie: Tebboune renforce son pouvoir via une réforme électorale

L'Assemblée algérienne adopte à l'unanimité une réforme du système électoral qui consolide l'autorité présidentielle.

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Algérie: Tebboune renforce son pouvoir via une réforme électorale

Les députés algériens de l'Assemblée nationale populaire ont adopté à l'unanimité mardi soir un projet de loi portant réforme du système électoral local et national, marquant une étape décisive dans la consolidation du pouvoir présidentiel. Cette réforme, présentée comme technique par le gouvernement, restructure profondément l'Autorité nationale indépendante des élections et modifie substantiellement les critères d'éligibilité. Les observateurs politiques y voient une manœuvre stratégique du président Abdelmadjid Tebboune pour renforcer son contrôle sur le processus démocratique algérien. Le vote unanime soulève des interrogations sur l'état de la démocratie parlementaire dans le pays, alors que l'opposition politique reste largement marginalisée depuis les manifestations du Hirak.

Restructuration de l'autorité électorale et nouveaux critères d'éligibilité

La réforme introduit des changements majeurs dans la composition et le fonctionnement de l'Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), créée en 2016 pour superviser les scrutins. Selon les nouvelles dispositions, le président de la République disposera désormais d'un droit de regard accru sur la nomination des membres de cette institution, remettant en question son indépendance proclamée. Les critères d'éligibilité pour les candidats aux élections locales et nationales ont également été durcis, exigeant notamment une ancienneté de résidence minimale de dix ans dans la circonscription concernée. Cette mesure pourrait particulièrement affecter les candidats issus de la diaspora algérienne, estimée à plus de 2 millions de personnes selon les données du ministère des Affaires étrangères. Les nouvelles règles imposent également des conditions financières plus strictes, avec un cautionnement électoral multiplié par trois pour les élections présidentielles.

Contexte politique et héritage du mouvement Hirak

Cette réforme intervient dans un contexte politique tendu, trois ans après la fin officielle du mouvement de protestation Hirak qui avait contraint l'ancien président Abdelaziz Bouteflika à la démission en avril 2019. Le Hirak, qui avait mobilisé des millions d'Algériens pendant plus de deux ans, réclamait un changement radical du système politique et une véritable transition démocratique. Cependant, l'élection de Tebboune en décembre 2019 avec un taux de participation historiquement bas de 39,9% selon l'Autorité nationale indépendante des élections, avait marqué le retour aux pratiques politiques traditionnelles. L'Algérie, pays de 45 millions d'habitants et première puissance gazière d'Afrique avec des réserves estimées à 4,5 trillions de mètres cubes selon l'OPEP, reste confrontée à des défis économiques majeurs malgré la hausse des prix des hydrocarbures. Le taux de chômage des jeunes demeure préoccupant, atteignant 29,2% selon l'Office national des statistiques en 2023.

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Réactions de l'opposition et inquiétudes internationales

Les rares voix de l'opposition encore actives en Algérie ont vivement critiqué cette réforme, y voyant une dérive autoritaire inquiétante. Abderrazak Makri, président du Mouvement de la société pour la paix (MSP), principal parti d'opposition toléré, a déclaré que "cette réforme vise à verrouiller davantage le système politique et à exclure toute alternative démocratique crédible". Les organisations de défense des droits humains, notamment la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'Homme (LADDH), ont exprimé leurs préoccupations concernant l'impact de ces mesures sur le pluralisme politique. Au niveau international, l'Union européenne, premier partenaire commercial de l'Algérie avec des échanges de 35 milliards d'euros en 2023 selon Eurostat, observe avec attention l'évolution de la situation démocratique dans ce pays stratégique. Un diplomate européen, sous couvert d'anonymat, a confié que "ces réformes suscitent des interrogations légitimes sur l'engagement de l'Algérie envers les standards démocratiques internationaux".

Cette réforme électorale s'inscrit dans une tendance plus large de consolidation du pouvoir présidentiel en Algérie, rappelant les méthodes utilisées par d'autres dirigeants de la région pour pérenniser leur influence. L'impact de ces mesures sur la stabilité politique du pays et sur ses relations avec ses partenaires internationaux reste à évaluer, notamment dans le contexte géopolitique actuel marqué par les tensions en Méditerranée et la concurrence énergétique. L'Algérie, carrefour stratégique entre l'Afrique subsaharienne et l'Europe, pourrait voir son rôle régional affecté par cette évolution politique intérieure qui éloigne le pays des aspirations démocratiques exprimées lors du Hirak.

Source: RFI Afrique

Source: RFI Afrique

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