Économie

50 entreprises françaises explorent les opportunités d'investissement en Guinée

La BPI organise un forum à Conakry réunissant entrepreneurs français et guinéens autour du plan Simandou 2040.

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50 entreprises françaises explorent les opportunités d'investissement en Guinée

La Banque publique d'investissement française (BPI) a orchestré du 30 mars au 1er avril 2024 un forum économique majeur à Conakry, capitale de la Guinée, rassemblant une cinquantaine d'entreprises françaises issues de secteurs variés. Cette initiative s'inscrit dans une démarche stratégique visant à renforcer les liens économiques franco-guinéens et à explorer les opportunités d'investissement dans le cadre du plan de développement « Simandou 2040 » établi par les autorités guinéennes. L'événement marque une étape importante dans les relations bilatérales entre la France et la Guinée, particulièrement dans un contexte géopolitique ouest-africain en mutation. Les participants français ont manifesté un intérêt croissant pour l'économie guinéenne, notamment dans les secteurs minier, agricole et des infrastructures.

Le plan Simandou 2040 : une vision ambitieuse pour la transformation économique

Le plan « Simandou 2040 » tire son nom du massif montagneux de Simandou, situé dans la région de Nzérékoré au sud-est de la Guinée, qui abrite les plus importantes réserves de minerai de fer au monde avec des réserves estimées à plus de 2,4 milliards de tonnes selon les données de Rio Tinto. Ce plan de développement à long terme vise à transformer structurellement l'économie guinéenne en diversifiant ses sources de revenus au-delà de l'exploitation minière traditionnelle. Les autorités guinéennes, sous la direction du Colonel Mamadi Doumbouya arrivé au pouvoir en septembre 2021, ont conçu cette stratégie pour faire de la Guinée un hub économique régional d'ici 2040. Le plan englobe des investissements massifs dans les infrastructures de transport, notamment la construction d'une ligne ferroviaire de 650 kilomètres reliant les mines de Simandou au port de Conakry, ainsi que le développement du secteur agricole et de l'industrie de transformation.

Selon les projections du ministère guinéen du Plan et de la Coopération internationale, le plan Simandou 2040 nécessitera des investissements de l'ordre de 15 milliards de dollars américains sur les quinze prochaines années. Cette vision ambitieuse s'appuie sur les importantes ressources naturelles du pays, qui possède également les plus grandes réserves mondiales de bauxite avec une production annuelle de 82 millions de tonnes en 2023 selon l'Association internationale de l'aluminium. La Guinée détient par ailleurs d'importants gisements d'or, de diamant et dispose d'un potentiel hydroélectrique considérable estimé à 6 000 mégawatts.

Secteurs prioritaires et opportunités d'investissement identifiées

Les entreprises françaises présentes au forum ont identifié plusieurs secteurs porteurs d'opportunités d'investissement en Guinée. Le secteur minier reste prioritaire, avec des projets d'extraction et de transformation locale des matières premières, permettant de créer une valeur ajoutée sur le territoire guinéen plutôt que d'exporter uniquement les matières brutes. L'agro-industrie constitue également un domaine d'intérêt majeur, la Guinée disposant de 6,2 millions d'hectares de terres arables selon la Banque mondiale, dont seulement 25% sont actuellement exploitées. Les infrastructures de transport et de télécommunications représentent un autre axe de développement crucial, notamment avec la modernisation du port de Conakry et la construction de nouvelles routes pour désenclaver les régions intérieures.

« Nous voyons en la Guinée un partenaire stratégique pour nos entreprises, particulièrement dans le contexte du plan Simandou 2040 qui offre une vision claire du développement économique du pays », a déclaré Jean-Pierre Letartre, directeur des relations internationales de la BPI France, lors de la cérémonie d'ouverture du forum. Les secteurs de l'énergie renouvelable et de l'eau potable ont également retenu l'attention des investisseurs français, dans un pays où seulement 33% de la population rurale a accès à l'eau potable selon l'UNICEF. Le développement du tourisme, tirant parti des richesses naturelles du pays comme les chutes de Kinkon ou les îles de Loos, figure parmi les secteurs émergents identifiés par les participants.

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Réactions des acteurs économiques et défis à surmonter

Les entrepreneurs guinéens présents au forum ont exprimé leur satisfaction concernant l'intérêt manifesté par les entreprises françaises, y voyant une opportunité de transfert de technologie et de création d'emplois. Mamadou Sylla, président de la Chambre de commerce et d'industrie de Guinée, a souligné que « cette collaboration franco-guinéenne s'inscrit dans une dynamique de partenariat gagnant-gagnant, où l'expertise française peut contribuer à la réalisation de nos objectifs de développement ». Cependant, plusieurs défis demeurent pour concrétiser ces projets d'investissement, notamment l'amélioration du climat des affaires et la modernisation du cadre juridique régissant les investissements étrangers.

Les participants ont également évoqué les questions de gouvernance et de stabilité politique, éléments cruciaux pour rassurer les investisseurs internationaux. La Guinée, qui traverse une période de transition politique depuis le coup d'État de septembre 2021, s'efforce de maintenir un dialogue constructif avec ses partenaires internationaux tout en menant des réformes structurelles. Le pays occupe actuellement la 150ème position sur 190 dans le classement Doing Business de la Banque mondiale, ce qui illustre les marges de progression importantes en matière de facilitation des affaires. Les autorités guinéennes ont annoncé la mise en place d'un guichet unique pour les investisseurs étrangers et la révision du code minier pour attirer davantage de capitaux étrangers.

Ce forum économique franco-guinéen s'inscrit dans une dynamique plus large de recomposition des relations économiques en Afrique de l'Ouest, où la France cherche à maintenir ses positions face à la concurrence croissante d'autres puissances économiques comme la Chine, la Turquie et la Russie. Les résultats concrets de ces discussions se mesureront dans les mois à venir, à travers la signature d'accords d'investissement et le lancement effectif de projets structurants. L'enjeu pour la Guinée est de transformer cet intérêt international en développement économique durable, créateur d'emplois et bénéfique pour l'ensemble de la population guinéenne.

Source : RFI Afrique

Source: RFI Afrique

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