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Ghana et Mozambique boycottent le sommet énergétique africain de Londres

Le Ghana rejoint le Mozambique dans le boycott du sommet énergétique africain prévu à Londres en mai 2026.

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Ghana et Mozambique boycottent le sommet énergétique africain de Londres

Le Ghana a officiellement rejoint le Mozambique dans le boycott du Sommet sur les énergies en Afrique prévu à Londres en mai 2026, selon l'annonce faite le 2 avril par l'African Energy Chamber (AEC). Cette décision marque une escalade dans les tensions entre les pays africains producteurs d'énergie et les organisateurs britanniques de cet événement majeur. Le vice-président de l'AEC a justifié cette position en déclarant que l'organisateur de cet événement au Royaume-Uni « ne prend pas en compte les Africains ». Cette controverse soulève des questions fondamentales sur la souveraineté énergétique africaine et le rôle des anciennes puissances coloniales dans la gouvernance des ressources du continent.

Contexte du différend sur la gouvernance énergétique africaine

Le boycott s'inscrit dans un mouvement plus large de contestation de l'organisation de sommets africains en dehors du continent. L'African Energy Chamber, qui représente plus de 200 entreprises énergétiques africaines, dénonce depuis plusieurs mois ce qu'elle considère comme une marginalisation des voix africaines dans les décisions concernant leurs propres ressources. Selon les données de l'Agence internationale de l'énergie, l'Afrique détient 12% des réserves mondiales de pétrole et 14% des réserves de gaz naturel, mais ne contrôle que 3% du raffinage mondial. Cette asymétrie illustre les déséquilibres structurels que dénoncent les pays boycotteurs.

Le Ghana, deuxième producteur d'or en Afrique et important producteur de pétrole avec ses champs offshore de Jubilee et TEN, tire environ 25% de ses recettes d'exportation du secteur énergétique selon la Banque mondiale. Le pays a développé une stratégie énergétique ambitieuse visant à devenir un hub régional, notamment à travers son projet de raffinerie de Tema d'une capacité de 150 000 barils par jour. « Nous ne pouvons plus accepter que l'avenir énergétique de l'Afrique soit décidé dans des capitales européennes sans une participation significative des Africains », a déclaré Nana Amoasi VII, directeur exécutif de l'Institute for Energy Policies and Research d'Accra.

Réactions et soutiens au mouvement de boycott

La décision du Ghana a reçu le soutien de plusieurs organisations panafricaines et d'experts en politique énergétique. L'Union africaine, par la voix de son commissaire aux infrastructures et à l'énergie, a exprimé sa « compréhension » face à ces préoccupations légitimes concernant l'inclusion africaine dans les processus décisionnels. Plusieurs parlementaires ghanéens ont également salué cette position, y voyant une affirmation de la souveraineté nationale dans un secteur stratégique.

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Le Mozambique, qui avait initié ce mouvement de protestation, possède les troisièmes plus importantes réserves de gaz naturel d'Afrique avec environ 2 800 milliards de mètres cubes selon l'US Geological Survey. Les deux pays totalisent ensemble plus de 15% de la production pétrolière africaine et représentent des marchés énergétiques en forte croissance. D'autres nations africaines, notamment le Nigeria et l'Angola, observent attentivement l'évolution de cette situation et pourraient rejoindre le mouvement selon des sources diplomatiques. « Cette solidarité africaine envoie un message fort : nous voulons être partenaires, pas spectateurs, dans les discussions sur notre énergie », a affirmé Dr. Ayodele Oni, analyste énergétique à l'Université de Lagos.

Impact sur les relations énergétiques Afrique-Europe

Ce boycott pourrait avoir des répercussions significatives sur les relations énergétiques entre l'Afrique et l'Europe, particulièrement dans le contexte de la transition énergétique européenne et de la recherche d'alternatives aux hydrocarbures russes. Le Royaume-Uni, qui cherche à renforcer ses liens commerciaux post-Brexit avec l'Afrique, voit ses efforts diplomatiques compliqués par cette crise. Les investissements britanniques dans le secteur énergétique africain, estimés à plus de 8 milliards de dollars selon le Department for International Trade, pourraient être affectés si la tension persiste.

L'incident souligne également l'émergence d'une nouvelle génération de leaders africains plus assertifs dans la défense des intérêts continentaux. Cette approche s'inscrit dans la dynamique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) et des efforts d'intégration économique du continent. Les organisateurs londoniens du sommet n'ont pas encore répondu officiellement à ces boycotts, mais des sources proches du dossier évoquent des discussions en cours pour trouver un compromis acceptable. L'avenir de cet événement, qui devait rassembler plus de 2 000 participants du secteur énergétique, reste incertain face à cette mobilisation africaine croissante.

Source: RFI Afrique

Source: RFI Afrique

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