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RDC conclut accord avec États-Unis pour accueillir migrants expulsés

La RDC accepte d'accueillir des ressortissants de pays tiers expulsés des États-Unis dès avril 2026. La société civile critique cet accord.

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RDC conclut accord avec États-Unis pour accueillir migrants expulsés

La République démocratique du Congo (RDC) s'apprête à franchir une étape controversée dans ses relations avec Washington en acceptant d'accueillir sur son territoire des ressortissants de pays tiers expulsés des États-Unis dès avril 2026. Cette décision, annoncée officiellement par le gouvernement congolais, marque un tournant dans la politique migratoire régionale et suscite déjà de vives réactions au sein de la société civile congolaise. L'accord, présenté comme temporaire, s'inscrit dans le cadre des nouvelles stratégies migratoires américaines visant à externaliser la gestion des expulsions vers des pays partenaires africains. Kinshasa assure que cette opération sera entièrement financée par les États-Unis, sans impact sur les finances publiques congolaises déjà fragilisées par de multiples crises.

Contexte géopolitique et précédents africains

Cet accord s'inscrit dans une tendance croissante des États-Unis à solliciter des partenaires africains pour la gestion des flux migratoires. Selon les données du Département américain de la Sécurité intérieure, plus de 2,4 millions d'expulsions ont été enregistrées en 2025, créant des défis logistiques considérables pour Washington. La RDC rejoint ainsi d'autres pays africains comme le Rwanda, qui avait conclu un accord similaire avec le Royaume-Uni en 2022, bien que ce dernier n'ait jamais été pleinement mis en œuvre. Cette stratégie d'externalisation reflète les difficultés croissantes des pays occidentaux à gérer les retours forcés vers les pays d'origine des migrants, particulièrement lorsque ces derniers refusent de coopérer ou n'ont pas de relations diplomatiques stables.

Le ministre congolais des Affaires étrangères, lors d'une conférence de presse à Kinshasa, a déclaré : "Cet accord témoigne de la confiance que les États-Unis accordent à la RDC dans la gestion humanitaire des questions migratoires. Nous avons obtenu des garanties financières et techniques pour assurer un accueil digne de ces personnes." Cependant, les détails concernant le nombre exact de migrants concernés, la durée de leur séjour et les critères de sélection demeurent flous, alimentant les inquiétudes des observateurs locaux et internationaux.

Opposition de la société civile et défis sécuritaires

La société civile congolaise exprime une opposition ferme à cet accord, jugeant irresponsable d'accueillir des migrants expulsés dans un pays confronté à ses propres défis migratoires internes. Selon les dernières données du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), la RDC compte actuellement plus de 6,9 millions de déplacés internes, principalement concentrés dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l'Ituri. Ces déplacements résultent des conflits armés persistants impliquant plus de 120 groupes armés actifs dans l'est du pays, créant une situation humanitaire déjà précaire.

"Comment peut-on accepter d'accueillir des étrangers quand nos propres citoyens vivent dans des camps de fortune sans accès aux services de base ?", s'interroge Espérance Mawanzo, directrice de l'ONG Femmes pour la Paix en RDC. Cette critique reflète un sentiment largement partagé parmi les organisations de la société civile, qui dénoncent les priorités du gouvernement. Les infrastructures d'accueil existantes, déjà saturées par les déplacés internes, peinent à offrir des conditions décentes, avec un accès limité à l'eau potable, aux soins de santé et à l'éducation dans les zones d'accueil.

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Implications économiques et diplomatiques

Malgré les assurances gouvernementales concernant le financement américain, les experts s'interrogent sur les retombées à long terme de cet accord. L'économie congolaise, déjà fragilisée par une inflation de 8,5% en 2025 selon la Banque centrale du Congo, pourrait subir des pressions supplémentaires liées à l'intégration de ces populations. Les secteurs de l'emploi informel, qui représentent plus de 70% de l'activité économique du pays, risquent de voir s'accentuer la concurrence pour les emplois peu qualifiés, particulièrement dans les centres urbains comme Kinshasa et Lubumbashi.

Sur le plan diplomatique, cet accord pourrait renforcer les relations bilatérales entre Kinshasa et Washington, particulièrement dans un contexte où les États-Unis cherchent à contrer l'influence croissante de la Chine en Afrique centrale. Les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint 1,2 milliard de dollars en 2025, principalement portés par les exportations de minerais stratégiques congolais vers le marché américain. Cependant, cette collaboration migratoire pourrait également exposer la RDC aux critiques de ses partenaires régionaux et continentaux, qui prônent une approche plus coordonnée des questions migratoires au niveau de l'Union africaine.

L'impact de cet accord sur la stabilité régionale reste à évaluer, particulièrement dans un contexte où la région des Grands Lacs fait face à des tensions persistantes liées aux mouvements de populations et aux rivalités géopolitiques. La mise en œuvre effective de ce dispositif dépendra largement de la capacité du gouvernement congolais à rassurer sa population et à garantir une gestion transparente des fonds américains alloués à cette opération.

Source : RFI Afrique

Source: RFI Afrique

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