Opinion

Crise alimentaire au Sahel : les solutions locales que les médias occidentaux ne montrent pas

Au Niger, au Burkina Faso et au Mali, des communautés ont développé des techniques agricoles innovantes qui défient la désertification et nourrissent des populations entières sans aide internationale.

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Paysage sahélien avec parcelles agricoles verdoyantes et ciel bleu clair

La couverture médiatique internationale du Sahel se résume trop souvent à un triptyque : sécheresse, famine, dépendance à l'aide. Pourtant, sur le terrain, une réalité bien plus nuancée se dessine. Des communautés au Niger, au Burkina Faso et au Mali ont développé des techniques agricoles qui non seulement résistent à la désertification, mais produisent des excédents — souvent sans l'intervention d'aucune ONG internationale.

Au Niger, la technique du zaï — de petites cuvettes creusées dans le sol durci et remplies de compost — a permis la régénération de plus de 5 millions d'hectares de terres dégradées au cours des 30 dernières années, selon les données du Centre International de Recherche en Agroforesterie (ICRAF). L'agriculteur Yacouba Sawadogo, surnommé « l'homme qui a arrêté le désert », a popularisé cette technique dans la région de Ouahigouya au Burkina Faso, transformant des terres arides en forêts productives.

Au Mali, la Régénération Naturelle Assistée (RNA) — une méthode qui consiste à protéger et cultiver les jeunes arbres qui poussent naturellement dans les champs — a été adoptée par plus de 400 000 agriculteurs dans les régions de Ségou et Sikasso, selon les recherches du World Resources Institute (WRI). Ces arbres fixent l'azote dans le sol, fournissent de l'ombre aux cultures et produisent des fruits et du bois de chauffe.

« L'Afrique n'a pas besoin qu'on la sauve. Elle a besoin qu'on arrête de la présenter uniquement comme un continent en crise », affirme le Pr Moussa Traoré, agronome à l'Université de Bamako et conseiller scientifique de la Grande Muraille Verte. « Les techniques que nos paysans ont développées sont étudiées dans les meilleures universités agronomiques du monde. Mais quand un journal occidental parle du Sahel, c'est toujours pour montrer des enfants affamés. »

La Grande Muraille Verte, initiative de l'Union Africaine lancée en 2007 pour planter une bande de 8 000 km de végétation du Sénégal à Djibouti, illustre cette ambivalence. Le projet a restauré 18 millions d'hectares de terres dégradées — un progrès considérable mais largement ignoré par les médias internationaux, qui se focalisent sur les 12 milliards de dollars de financement encore nécessaires pour achever le projet.

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Les fermes solaires communautaires constituent un autre angle mort médiatique. Au Burkina Faso, le programme Yeelen (« lumière » en bambara) a installé 1 200 micro-réseaux solaires alimentant des systèmes d'irrigation goutte-à-goutte dans la région du Centre-Nord. Résultat : une augmentation de 180 % des rendements de tomates et d'oignons dans les zones couvertes, selon les données du ministère burkinabè de l'Agriculture.

Ibrahima Coulibaly, président du Réseau des Organisations Paysannes et de Producteurs d'Afrique de l'Ouest (ROPPA), met en garde contre une vision trop optimiste : « Oui, des solutions locales existent et fonctionnent. Mais elles ne sont pas suffisantes à l'échelle du défi. Le Sahel a besoin d'investissements massifs dans les infrastructures hydrauliques, les routes rurales et la formation agricole. Ce qu'on refuse, c'est la narration victimaire. Ce qu'on demande, c'est un partenariat respectueux. »

Les données de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) confirment que la situation alimentaire au Sahel reste préoccupante : 45 millions de personnes sont en situation d'insécurité alimentaire en 2026. Mais ces mêmes données montrent que les zones où les techniques agroécologiques locales ont été adoptées affichent des niveaux de résilience alimentaire 2,5 fois supérieurs aux zones dépendantes de l'aide.

Source : ICRAF données de restauration des terres ; World Resources Institute ; FAO rapport régional Sahel 2026 ; ROPPA.

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